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Le blog du catamaran inoui

De Fort Pierce (Floride) à Deltaville (Virginie) : première partie

22 Avril 2017 , Rédigé par cata-inoui.over-blog.com

Mercredi 5 avril : nous quittons la marina de Fort Pierce et nous mettons le cap vers le Nord.

 

L'objectif est de rejoindre Deltaville en Virginie sur la Chesapeake où nous estiverons le bateau.

C'est un voyage de 900 Miles marins principalement sur l'ICW (Intra Coastal WaterWay). Certaines portions peuvent s'effectuer par la mer, et comme en novembre nous avions parcouru le tronçon allant de la rivière St John à Fort Pierce, nous aurions préféré pour ce trajet, passer par la haute mer, option plus rapide et correspondant plus à notre coursier et à nos aspirations.

 

Les prévisions météo sont mauvaises avec 30-35 nœuds ''fichiers'' de vent prévus pour les trois jours à venir, nous empruntons donc l'ICW. Cependant la première journée est bénéfique car le vent portant de Sud-Ouest nous permet de naviguer sous foc déroulé et nous avançons parfois à 7-8 nœuds sans les moteurs. Nous parcourons 86 miles terrestres (1,609 km, désolé mais c'est comme cela qu'est balisé l'ICW) et atteignons Titusville au delà de Cap Canaveral, c'est excellent pour le moral.

 

 

Car j'ai quelques préoccupations, en particulier un probléme de formalités d'entrée aux USA. Inoui bénéficie d'un Cruising Permit établi en avril 2016, valide jusqu'au 24 avril 2017 et l'officier des USCBP n'a pas voulu le renouveler (ou a eu la flemme) appliquant trop strictement la législation. Celle-ci stipule que le bateau doit partir au moins 15 jours à l'étranger pour prétendre bénéficier d'un nouveau mais seulement à l'issue de la validité du permis. Il n'a pas tenu compte du fait qu'Inoui était sorti pendant 3 mois des USA. Il m'a conseillé d'en redemander un en Virginie, après mon retour de France en octobre. Je n'aime pas ces situations bancales avec une administration tatillonne !

 

Les deux jours suivants, nous ne regrettons pas la haute mer ! Déjà à terre, malgré la protection des forêts, c'est costaud ! Le vent souffle régulièrement entre 20 et 30 nœuds de Nord-Ouest, de face par rapport à notre route moyenne. Avec 30 nœuds, vent de bout, Inoui avance péniblement au moteur à 3 nœuds, contre 6 en vent faible. Les distances parcourues sont plus faibles (67 et 47 miles), d'autant qu'avec un tel vent il faut choisir un mouillage bien abrité pour la nuit et sur les Waterways, ceux-ci sont parfois espacés. Ce soir là Pine Island fut un bon choix.

 

La navigation est simple en Floride, car l'ICW est en général bien entretenu et bien balisé. Par contre au niveau des connexions avec la mer (inlet en langage local), les tempêtes hivernales et les cyclones modifient fréquemment la position des bancs de sable et le balisage ne suit pas toujours. C'est ainsi qu'au niveau de l'inlet de Ponce de Leon, je perds l'ICW et nous nous retrouvons au niveau de la mer. Un bras de rivière nous permet de rejoindre notre Waterway, finalement sans perdre trop de temps mais en découvrant de beaux paysages que nous ne connaissions pas ; positivons !

 

Samedi 8 : la perturbation est passée et lui succède une brise calme... mais froide. 11 °C au réveil dans le bateau et moins à l'extérieur avec ce petit vent du Nord : les couettes, polaires, anoraks, bonnets de laine sont de sortie !

 

 

Vers 11 heures nous traversons la rivière St John qui nous mena l'an dernier à Jacksonville, nous entrons dans l'inconnu. Comme l'objectif d'estivage a été modifié il y a peu, j'ai du me procurer récemment les documents de navigation pour cette zone. Les guides papier ont été achetés à Fort Pierce et j'avais soigneusement téléchargé les cartes correspondantes sur le site gouvernemental US du NOAA ainsi que les dernières mises à jour des guides, sauf que...

 

Le gag du dernier soir à Fort Pierce fut occasionné par notre tuyau d'eau qui est doté d'une microfuite apparemment à tête chercheuse. Et tandis que je remplissais les bidons d'eau, le microjet est rentré dans la cabine et a arrosé mon ordinateur et les documents papiers. Les docs papier ont séché, même s'ils n'ont plus l'aspect du neuf, mais l'ordinateur, malgré un démontage complet, séchage, nébulisation de produit à contacts.... n'a pas voulu se rallumer. Heureusement tous les documents et logiciels de navigation sont en double sur l'ordinateur de Marie-Noëlle, sauf les derniers téléchargés nécessaires pour la suite. Bis repetita... ce fut mon occupation de la soirée, un peu en urgence.

 

Nous arrivons dans l'après-midi à Fernandina à l'extrème Nord de la Floride, une ville balnéaire superbe sur les photos, avec un arrêt logistique prévu. Mais la marina a été endommagée par le cyclone Matthew en octobre : plus de carburant, ni de wifi, de machine à glace, de place disponible... et encore moins de volonté de rendre service, les employés semblent avoir le moral en berne. De plus, la ville est encadrée par 2 usines de pâte à papier, polluantes en diable, l'odeur est atroce.

 

Nous sommes donc repartis pour un mouillage au hasard, le long de l'ICW et le lendemain matin, 35 miles plus loin, nous nous arrêtons quelques heures à Jekill Island marina (Géorgie) où nous trouvons notre bonheur avec le sourire et le wifi gratuit.

 

Les paysages sont très jolis et variés, avec de nombreux zigzags au milieu des roseaux ou d'îles boisées, souvent désertes, nous voyons beaucoup de dauphins, des dizaines par jour..

 

 

et des d'oiseaux....

 

A côté de la routine des pélicans, mouettes ou cormorans la présence d'aigles pêcheurs nous distrait.

 

D'autant que c'est la période de nidification, les couples d'orfraies construisent fréquemment leurs nids sur les balises de l'ICW donc proches de nous....

 

 

 

Surtout ne pensez surtout pas que nous nous ennuyons au point de compter les dauphins, les arbres ou les roseaux, la navigation est parfois prenante. En Géorgie et Caroline du Sud, les crédits sont insuffisants pour draguer l'ICW. Alors les autorités se contentent de poser quelques marques ''temporaires'' au niveau des hauts fonds néoformés et de publier des avis précisant la hauteur d'eau disponible. Résultat l'alarme du sondeur, réglée à 2 mètres, retentit régulièrement et il faut trouver le passage praticable : à l'extérieur du virage ou du côté où les berges semblent les moins envasées. Plusieurs fois je lirai 1,2 m sur l'écran du sondeur pendant de longues distances : 15 cm de moins et Inoui s'échoue.

En fait, nous ne nous échouons qu'une fois, en cherchant un passage au niveau d'un confluent, où là aussi, les bancs de vase se développent. C'est à faible vitesse, dans de la vase molle : une énergique marche arrière suffit à nous dégager.

Oui les fonds sont vaseux sauf au niveau des estuaires où un joli sable embellit les rives.

 

Comme ces situations se présentent surtout à marée basse, au pire, il suffit d'attendre que la marée monte. Car il existe un petit marnage dans ce secteur, de l'ordre de 2 mètres.

 

En Géorgie et en Caroline du Sud, nous naviguons d'estuaire en estuaire. Schématiquement, nous remontons une première rivière puis nous empruntons une sorte de canal (un cutoff en langage local) qui nous permet d'atteindre une autre rivière un peu plus au Nord, rivière que nous descendons, et nous rejoignons un autre estuaire où nous changeons de rivière, que nous remontons (montée et descente au sens orographique) .....

 

Parfois ces estuaires desservent de grands ports et nous devons composer avec des cargos ou des barges

 

Avec les marées, parfois le courant est favorable à la descente, youpi, nous avançons à presque 8 nœuds sur le fond et quelques temps plus tard défavorable, à la remontée suivante : désespoir la vitesse est tombée à 4 nœuds. Inutile de se lancer dans de savants calculs de marées, pour déterminer une heure de départ optimale, ce que nous gagnerions les premières heures, serait perdu les heures suivantes : globalement le bilan est nul.

 

La progression nette vers le Nord-Est n'est pas très élevée avec tous ces détours. Nous pensons que lors du voyage retour, malgré la beauté des paysages, nous opterons pour une navigation par la mer, si la météo le permet.

 

 

Finalement, je me sens comme un routier sympa au volant de mon camion, 10 à 13 heures de moteur par jour.

La progression est correcte, le vent est faible donc le bateau peu ou pas ralenti. Le rythme est pris, nous parcourons de 70 à 85 miles terrestres par jour, j'angoisse moins avec les moteurs.

Car les deux moteurs diesel de 10 chevaux, âgés d'une vingtaine d'années, ne sont pas le point fort d'Inoui. Aussi je les bichonne amoureusement, à l'écoute du moindre bruit, adoptant un régime de croisière modéré et contrôlant quotidiennement les niveaux, tensions de courroies.... Un gros problème et l'arrivée à Deltaville serait compromise. Ces petits moteurs ont un gros avantage, ils consomment comme un briquet, à peine plus d'un litre par heure à ce régime. En moyenne, nous ne dépensons que 15 € de gasoil par jour, bien que les marinas vendent le carburant au prix fort (65 cents le litre soit 20% de plus qu'en ville).

 

Les mouillages du soir sont agréables, en pleine nature. La nuit, le vent est quasi nul, donc gros dodos assurés et en plus les levers du jour, avec effet miroir,  sont superbes.

 

 

 

 

En Caroline, les ponts ouvrants ne sont plus à bascule mais tournants ; cependant la procédure de demande d'ouverture reste la même, elle est devenue routinière pour moi, et d'autant facilitée qu'à Fort Pierce, je me suis offert une VHF portable, je n'ai plus à quitter la barre et plonger dans la cabine pour communiquer avec l'opérateur du pont en utilisant la VHF fixe. Du coup Marie-Noëlle peut se concentrer sur les photos.

 

 

Outre les oiseaux et dauphins, l'espèce la plus fréquemment rencontrée est une sorte de centaure aquatique : le pêcheur à la ligne sur sa barque. Une vraie passion pour de nombreux Américains. Si les barques sont toutes équipées de puissants moteurs pour se rendre vite sur les lieux de pêche, elles sont parfois équipées en plus, de moteurs électriques installés à l'avant, silencieux pour ne pas effrayer les proies, une fois sur zone.

 

 

Les eaux sont poissonneuses, le nombre de dauphins et d'oiseaux marins en témoigne et nous verrons plusieurs fois un pêcheur sortir une belle prise.

Nous croisons une curiosité parmi les franchissements routiers de l'ICW : un pont ponton flottant. C'est le seul de ce type que nous apercevrons.

 

Jeudi 13 : après Georgetown (Caroline du Sud), nous remontons une rivière sur plus de 30 miles (la Waccamaw), de plus en plus étroite, bordée de grands arbres les pieds dans l'eau, des cyprès principalement. Un paysages sauvage, désert et superbe ; nous nous attendons à voir surgir des indiens ou des trappeurs en canoë.

 

Nous ne rencontrons qu'un tout petit village dont le nom, Bucksport m'a fait rêver à ce passé (buck = peau de castor), erreur, il fut fondé par Henry Buck, pour l'exploitation forestière. Malgré ce rêve brisé, ce fut pour moi le plus beau passage sur l'ICW.

 

Puis un canal nous ramène à proximité d'une longue zone de plage, avec belles résidences mais bateaux à moteur à fond, donc sillages ! Myrtle Beach, 60 km de littoral sableux, 1500 restaurants (au sens américain....) des cabarets, théâtres, une ville qui se vante d'être le deuxième lieu de plaisir des USA après Las Vegas. Nous croisons de gros casinos flottants qui organisent des sorties en mer pour joueurs...

 

Le dernier ravitaillement remonte à 10 jours, alors nous faisons une halte à la marina de Southport en Caroline du Nord. Nous avons déjà parcourus 650 miles terrestres depuis Fort Pierce, il reste à peine 300 pour la Chesapeake, mais cela est une autre histoire.

 

 

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