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Le blog du catamaran inoui

De Long Island à Crooked Island (Bahamas)

22 Mars 2017 , Rédigé par cata-inoui.over-blog.com

Dimanche 26 février : nous quittons la rade de George Town (Exumas) et ses centaines de bateaux pour visiter les îles du Sud-Est des Bahamas. Cap sur Long Island, une trentaine de miles à parcourir par un vent faible de Nord-Est, une navigation au près serré, mais agréable en absence de houle. Nous mouillons dans la baie de Wemyss, large de plusieurs miles en compagnie de seulement deux autres bateaux. Le lendemain dans la baie suivante (Mac Kanns) nous serons seuls, un désert comparé aux Exumas.

Le 28 février, nous mouillons dans la baie la plus ''peuplée'' de Long Island, devant la ville de Salt Pond : une trentaine de bateaux étalés sur quelques miles, cela ne se bouscule pas. Un peu plus serrés là où se situe Inoui, à proximité du dinghy dock, mais le voisin le plus proche est à plus de 100 m, c'est un franco-canadien déjà rencontré il y a quelques années, un habitué des lieux, donc une mine d'information sur les possibilités locales et la visite de l'île.

Le lendemain, nous louons une voiture pour une journée, de 13h à 13h, ce qui est un bon plan avec une grosse demie journée vers le Sud puis le matin suivant une grosse balade vers le Nord. Une des curiosités de l'île est le trou bleu de Deans, le plus profond du monde (202 m), où des records d'apnée ont été établis et peut-être aussi de noyades comme en témoigne une plaque commémorative en mémoire de trois disparues en juillet 2008.

 

Les paysages sont splendides, particulièrement à la pointe Nord abordée par Christophe en octobre 1492 ; un monument en témoigne tout en rendant hommage aux premiers habitants, les Lucayens, pacifiques, heureux, accueillants et ….. exterminés.

 

Autre curiosité, atteinte après une petite marche dans le bush : les ruines d'une des anciennes grosses plantations de l'île, 1300 hectares quand même, il reste 5 murs et une cheminée, c'est gentillet !

Cependant tout au long de la route, nous photographions, une quinzaine d'églises de toutes confessions, catholiques et anglicans dominants... Pourtant il n'y a pas une grosse densité de population, environ 3000 âmes réparties sur plus de 130 km. Long Island, un nom bien mérité d'autant qu'elle ne mesure que 6 km au plus large.

 

 

Vendredi, comme nous avons la bougeotte, nous changeons de mouillage à la recherche de terrains de pêche, mais tout en restant à l'ouest de cette île....En route vers Calabash Bay, je pêche un thon de 2 kg, par contre mes tentatives de chasse au crustacé sont vaines.

 

Le matin, une petite houle commence à contourner l'île de manière supportable car le vent n'est que de 20 nœuds, mais cette nuit il devrait dépasser les 35. Nous retournons à Salt Pond, le meilleur mouillage et quitte à être coincés par le mauvais temps, autant l'être à proximité d'un bar sympathique

 

avec wifi et en compagnie : 28 voiliers, quelques trawlers et même un petit cargo y sont ancrés.

 

Fait également partie du lot, un bateau français (le quatrième recontré depuis janvier), nous croisons son équipage lors d'une promenade à terre. Nous sympathisons rapidement et convenons de rendez-vous.

 

Pendant trois jours, ce sera marche le matin, remarche l'après-midi, en partie avec nos nouveaux copains, puis apéro dinatoire à bord des bateaux : Rhum de la Martinique, pizza à la langouste accompagnée de Cabernet-sauvignon Chilien, tartes, ambiance très conviviale.

Bref , tout pour oublier le vent, qui du coup, vexé, commence à aller voir ailleurs. Des rafales à plus de 35 noeuds de la première nuit, nous ne subissons plus que 30 le lendemain et la baisse lente va continuer : dans 2 jours, la route vers l'Est sera navigable.

 

 

L'île étant étroite au niveau de Salt Pond, nous retournons régulièrement au bord de la mer, côté Est, au vent, avec la houle déferlant sur les barrières coralliennes, spectacle superbe et décapage assuré de la peau par le sable !

 

Jeudi 8 : avec nos nouveaux copains de Mars, nous déradons. Cap au Nord. Mars est le nom de leur bateau, du coup nous pouvons nous vanter d'avoir des copains sur Mars ! Nous avons atteint une autre dimension dans notre Odyssée. Et cela, des années avant les vols prévus de la NASA et avec un budget moindre !

 

Le vent est d'Est, 20 à 25 nœuds et sous le vent de l'île, Inoui, sous voilure réduite, glisse royal, sur une eau plate avec même une pointe à 11 nœuds dans une rafale. La mer étant encore formée hors l'abri de l'île, nous mouillons sagement sous la pointe Nord de Long Island.

Le lendemain, la bougeotte nous reprend et nous quittons Long Island, sans les ''martiens'', cap à l'Est dans un vent d'Est 18-20 nœuds : des bords à tirer mais dans une mer pas trop dure. Finalement nous optons pour Conception Island, une petite île déserte, réserve naturelle. Le mouillage avec sa plage de sable blanc et fin comme la farine est sublime. Nous ne regrettons pas nos heures de louvoyage ! Par contre, je regrette ma ligne de traîne, car j'ai eu une grosse touche franche et quelques secondes plus tard : casse ! J'ai souvenir avoir remonté une daurade coryphène de 15 kg avec cette ligne, alors je pense que le poisson ferré devait être ''the big fish'' !

 

 

Vendredi matin, nous sommes survolés par une dizaine de paille en queue, piaillant à tue-tête, nous rappelant que cet îlot abrite un des points de nidation les plus peuplés des Bahamas et Caraïbes.

Nous louvoyons vers Rum Cay, par vent de secteur Sud-Est, variable en force et direction, rien de plus énervant ! Nous mouillons finalement au Nord-Ouest de cette île : eau turquoise, belle plage de sable, joli spot de snorkeling, mais je n'ai pas vu la moindre antenne de langouste !

 

Les Martiens (Olivier et Isabelle) et leurs amis Américains (Adam et Elyssa sur le ketch Heritage) nous ont rejoint et nous faisons route commune vers Crooked Island,

 

une bonne occasion de photographier mutuellement nos bateaux sous voiles.

 

Dimanche convivial avec les Martiens et les USiens, visite d'un phare forteresse en ruine sur un rocher isolé (Bird Rock), puis pêche à la langouste : 3 pour Olivier, 2 pour Adam et moi, je n'en ai pas vu une, mais Olivier m'a donné la plus grosse de ses prises (2 kg)....

 

Nous nous promenons à terre vers le village (Landrail) avec visite des ruines de maisons abandonnées : toits arrachés, premier étage emporté où parfois ne subsiste que la baignoire, congères de sable dans les pièces...

 

Clinton, un autochtone, nous raconte Joaquin, le cyclone qui a frappé l'île en Octobre 2015 : plus de 2 jours avec des rafales de vents supérieures à 250 km/h. La montée des eaux a atteint 6 mètres et a recouvert la majeure partie de l'île arrivant au niveau des fenêtres des rez de chaussée. Clinton est resté 3 jours enfermé dans sa maison sans toit, recroquevillé avec les cinq membres de sa famille à prier, pour eux et pour leur communauté. 85% des maisons de l'île furent détruites ou fortement endommagées mais aucune victime ne fut à déplorer ! Ce sont des Adventistes du 7éme jour, apparemment une bonne adresse pour l'efficacité des prières.

 

Après quelques courses dans le village partiellement reconstruit (300 insulaires sur 500 ne sont pas revenus) et où les habitants sont encore traumatisés, nous déradons, pas de pêche au programme, il faut finir de manger les langoustes et les poissons....

 

Lundi soir nous sommes rentrés dans le lagon entre les îles Crooked et Acklins à French Well, malgré un banc de sable en travers de la passe : Inoui avait à peine 30 cm d'eau sous les quilles, en début de marée montante.

 

Nos amis sont rentrés dans le lagon à la marée haute du matin, Olivier perché dans son mat pour mieux visualiser la passe.

 

Ils nous vantaient ce petit paradis où ils avaient séjourné il y a quelques années, mais ils ne reconnaissent plus rien : plus de plage, les ruines disparues, tous les arbres sont morts, brulés par la mer etc... Joaquin a modifié le paysage !

 

Nous partons ensemble à la recherche du French Well (le puits) qui a donné son nom au lieu et avait favorisé l'installation d'un camp de pirates : le puits est comblé par le sable et les roches déplacés par Joaquin. Déprimant !

 

Un projet de chasse remonte le moral : car les deux garçons sont des fondus de cette activité et d'un niveau nettement supérieur au mien.

L'après-midi est donc consacré à la pêche au ''flasher''.

 

Le jeu est simple : on va sur des fonds de l'ordre de 120m (donc nécessité d'une annexe équipée d'un sondeur, d'une cartographie électronique, d'une ancre flottante...), on suspend sous le bateau, entre 10 et 20 m de profondeur, le ''flasher'', c'est à dire un assemblage hétéroclite d'objets brillants (réflecteur divers, CD ROM, boule disco....) qui donne l'illusion d'un banc de poisson.

 

Ensuite on lance à la mer des petits morceaux de poissons découpés (c'est mon job principal) et on attend que les gros remontent du fond. Nous n'avons vu qu'un tazard d'une vingtaine de kg qu' hélas, Adam n'a pu harponner, quelques requins, un barracuda et des balistes. Il faut descendre à plus de 20 m pour tirer.... Je n'en suis pas capable et je ne suis pas équipé pour la capture de si grosses prises, mais ce fut une belle leçon pendant laquelle j'ai fait quelques photos.

 

Le courant nous ramène régulièrement à la côte et vers 100 m de profondeur nous revoyons le fond et quittons donc le Grand Bleu. A 80 mètres, nous remontons dans l'annexe et remettons cap au large, entre 120 et 140 m, et appâtons de nouveau. Mes copains sont infatigables. Il fait nuit quand nous rentrons aux bateaux, et eux repartent pêcher la langouste avec une lampe. Moi j'ai trop froid pour les suivre....

 

Mercredi 15 : Olivier me dévoile sa technique pour la pêche au lambi : repérer un herbier puis se laisser dériver dessus attachè à l'annexe avec une longue amarre. Dés qu'une bébête est repérée, on plonge et on la dépose dans le dinghy. Travaux pratiques réussis, je m'arrête à 6 gros lambis, l'équivalent de 3 repas à 2, j'aurai pu remplir l'annexe.

Le soir nous nous retrouvons tous à bord de Mars, le repas est orienté fruits de mer : daurade à la tahitienne réalisée par Olivier, salade de lambis crus confectionnée par Elyssa et Adam : ce fut vraiment une belle rencontre !

 

Nos routes vont se séparer, ils vont continuer à descendre vers le Sud, objectifs Cuba et Panama et nous allons commencer à remonter vers le Nord.

 

Le vent est Nord-Nord-Est soutenu pendant 2 jours, nous sortons du lagon, cap au Nord. A 5 miles est cartographiée une anse avec fond de sable (idéal pour la tenue de l'ancre), mais... le plateau corallien est nu, plus de sable, je coince l'ancre dans une fissure et m'offre une séance de travaux pratiques de chasse. Mes deux profs ont été efficaces, je ramène un King Crab de 2 kg et une langouste de 3 livres, le réfrigérateur déborde d'aliments protéiques. Par contre côté crudités, il ne nous reste qu'une tomate et une pomme.

Marie-Noëlle est également en progrès, elle réussit une de ses plus belles collectes de coquillages sur l'ex-plage, maintenant recouverte de roches, Joaquin a encore frappé !

Le vent doit forcir cette nuit, nous retournons mouiller devant Landrail, le fond y est de meilleure tenue et surprise, le ravitailleur qui ne passe qu'une fois par semaine si la météo le permet, est à quai ; demain la food store sera achalandée.

 

En attendant une accalmie et une rotation du vent, nous nous promenons sur cette île dévastée par Joaquin, où plusieurs maisons sont en cours de restauration. Les habitants opiniâtres sont des plus charmants, certains nous reconnaissent après notre passage il y a une semaine, tous nous saluent, s'arrêtent pour parler et proposent de nous déposer en voiture, nous souhaitent ''safe trip''....

 

Samedi 18 mars : une fenêtre météo nous permet de remonter vers le Nord, cap sur Rum Cay ou Conception Island, mais cela est une autre histoire.

 

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