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Le blog du catamaran inoui

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

17 Mars 2016 , Rédigé par cata-inoui.over-blog.com

Dimanche 21 février : notre convoyage vers la pointe Est de Cuba commence. Cela ne sera pas toujours une navigation simple car le vent et la houle seront principalement de face, surtout entre Cabo Cruz et Punta Maisi, l'extrémité orientale de l'île.

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

Lors des premières journées, la navigation est agréable, les vents raisonnables, de secteur Est évidemment, ce qui nous oblige à louvoyer, mais comme nous avons choisi l'option à l'intérieur de la barrière de corail, au cœur des Jardins de la Reine, il n'y a pas de houle. La route est plus délicate car il faut parer régulièrement des récifs mais beaucoup plus confortable. Les mouillages le soir sont calmes comme dans le trou de mangrove derrière Cayo Inglès ou à Cayo Anclitas, près de l'hôtel flottant avec wifi, où nous mettons à jour nos cartes météo.

Au passage à Cayo Algodon, nous remouillons près des têtes coralliennes où j'avais déjà pêché une grosse langouste et Bingo : 3 petites langoustes autour d'une livre et demi et pour finir une grosse de 2 kg !

Le jeudi 25, le vent est très faible de Nord et nous embouquons au moteur les délicats canaux d'El Pingue puis Rancho Viejo, portes de sortie des Jardins de la reine. La visibilité des fonds est bonne et il nous est facile de repérer les hauts fonds parfois proches de l'axe du canal.

Le lendemain, une étape de 54 miles doit nous mener de Cayo Grenada à Cabo Cruz, par un vent de Nord modéré, une allure de petit largue. Le vent s'avère rapidement bien plus fort que prévu, et nous parcourons cette distance en à peine 6 heures avec des pointes de vitesse dépassant 15 nœuds, pas cool !

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

Arrivés au mouillage de Cabo Cruz, les Guardas Frontera, viennent nous contrôler, à la rame, et avec un chien renifleur.... Ils repartiront une demie heure plus tard après avoir recopié sur leur cahier, des renseignements parfois d'une utilité douteuse, mais emportant notre Despacho qu'ils rapporteront pour notre départ.

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

Cabo Cruz est un actif port de pêche (pour Cuba), le village est agréable, fleuri, avec même parfois un effort de coquetterie dans les maisons.

De retour au bateau, à la tombée de la nuit, nous entendons une voix près d'Inoui : pas de barque mais un nageur avec un sac, qui s'agrippe à la plage arrière (invisible du poste des Guardas) et nous propose des queues de langoustes, des œufs et des oignons. Nous lui achetons, admiratifs devant l'effort. Après s'être rechauffé en buvant un verre de Rhum, il repart à la nage vers la mangrove.

Le vent ne décroit pas la nuit avec de fortes rafales, mais le mouillage de sable compact est de bonne tenue.

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

Vers 7 h du matin nous commençons à fulminer contre nos Guardas, que nous ne voyons pas ramener nos papiers, lorsqu'un gros bateau de pêche vient à proximité d'Inoui, avec en remorque dans leur barque, nos deux loustics (et leur chien). Le départ est devenu possible.

Les fichiers météo prévoient un vent de Nord de 10 nœuds, parfait pour une route vers l'Est, sauf que le vent est plutôt entre 30 et 45 nœuds. Certes comme nous sommes à proximité de la côte, il n'y a pas de houle, mais nous ne sommes pas tranquilles ; d'autant qu'une rafale achève notre aérien de girouette anémomètre qui perd son empennage : nous n'avons plus l’affichage de la direction du vent. Heureusement avec le soleil, le vent se calme un peu et nous mouillons à Marea del Portillo vers 12h30, bientôt rejoints par les Guardas, à la rame. Leur poste se situe à 10 km de cette ville mais un veilleur les a prévenus, ils ont fait le déplacement en voiture. Comme nous prévoyons un départ à 6h du matin, ils signent le Despacho et nous le laissent.

Durant la nuit, le vent s'est relevé, avec de violentes rafales et nous dérapons plusieurs fois, labourant lentement avec l'ancre, ce fond de vase molle. Nous finirons par mouiller notre pioche à ras la mangrove et passer une partie de la nuit à veiller.

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

Plus de 30 nœuds de vent dans le mouillage au matin et une nuit incomplète, nous différons le départ. Vers 9 h, nos Guardas viennent récupérer le Despacho, car le veilleur leur a signalé notre présence....Le vent se calme vers midi mais nous ne pouvons partir faute du précieux document. Ils nous le restitueront en milieu d'après-midi, trop tard pour le départ. Des hôtels sont situés à quelques km, nous nous y rendons à pieds pour le wifi : mes fichiers météo quoi qu’anciens sont corrects : les surventes sont donc liées à un effet catabatique provoqué par les montagnes proches. La Sierra Maestra culmine à notre Nord à plus de 2000 mètres, et le vent du Nord en la franchissant la nuit, se refroidit, devient plus lourd et redescend fortement accéléré. Heureusement le vent doit quitter le secteur Nord ce soir !

Lundi 29 : dès les première lueurs du jour, nous déradons, par vent faible, appuyés par les moteurs. Le vent d'Est dominant bascule un peu à l'ESE l'après midi, puis au NE à la tombée de la nuit. La progression n'est pas très rapide, d'autant que la houle est de face, mais nous mouillons à Santiago de Cuba, 75 miles plus loin, vers 21h30, accueillis par des Guardas vociférants car nous refusons de nous amarrer à un vieux quai délabré et mal éclairé et qu'ils ne peuvent venir à bord. Nous mettons l'annexe à l'eau puis visitons deux bureaux avec toujours les mêmes questions et papiers à remplir et signer. Nous préférerions aller manger et dormir !

Mardi 1er mars : la priorité du moment est la date limite de notre visa touristique. Ce visa est valable 30 jours renouvelable seulement une fois, ce que nous avons déjà effectué et la date d'expiration est le 5 mars. Nous essayons d'obtenir un troisième mois. Mes premiers contacts avec les autorités sont négatifs et la seule solution proposée est de quitter Cuba et d'effectuer un aller-retour à la Jamaïque (110 miles one way), y passer au moins 24 h, revenir, refaire et repayer (150 CUC) les formalités d'entrée à Cuba. J'insiste, je bluffe, citant des marinas où le renouvellement est possible et un des Guardas Fronteras, ébranlé dans ses certitudes ou plus ouvert que les autres, décroche son téléphone et vérifie auprès de divers services. Il me conseille de nous rendre à un poste de Police du centre de Santiago '' la Motorizada'' où un bureau peut traiter notre cas. En effet, après examen de nos papiers et écoute de notre argumentaire, le troisième mois nous est accordé, reste à revenir avec un timbre fiscal de 25 CUC par personne et une attestation d'assurance maladie. Ce que nous effectuons le lendemain et victoire, nous pouvons rester à Cuba jusqu'au 6 avril !

Nos déplacements en ville s'effectue à pieds, même si l'objectif est un peu éloigné, car les transports en commun locaux ne nous enthousiasment guère.

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

La seconde priorité est la remise en état de la girouette anémo. Je fabrique un empennage en composite et j'arrive à le fixer sur la partie restante de l'aérien, cela semble fonctionner. Évidemment il m'a fallu monter plusieurs fois en tête de mat, aidé par le guindeau électrique qui commence à fonctionner de manière aléatoire avant de rendre l'âme. Le boîtier des relais (neuf, installé il y a 4 mois) a partiellement fondu, s'est déformé et les contacts ne sont plus alignés. Encore une bidouille à base de composite et je lui redonne une forme correcte.

Tout cela s'étale sur plusieurs jours, entrecoupés de déplacements en ville, ce qui n'est pas simple car la ''marina'' est loin de Santiago (12 km), donc nous prenons soit le taxi (10 CUC l'aller) soit la Lancha, une sorte de ferry qui relie l'entrée de la rade au centre ville. C'est moins onéreux, 1 CUC par personne mais il n'y a que trois voyages par jour aux environs de 6 h, 12 h et 17 h. Cependant le trajet dans la rade est distrayant, avec entre autre des pêcheurs sur pneus et convivial par la présence d'autres plaisanciers.

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

La marina ne possède pas de wifi à proximité, il faut donc se connecter dans le centre de Santiago, mais lors d'une de nos premières balades en ville, j'ai eu un gros plantage de mon ordinateur principal, impossible entre autre ce jour-là d'envoyer des mails déjà rédigés sur l'ordi !

Ce plantage ne sera pas résolu, car c'est le disque dur qui n'est plus reconnu, même testé sur une autre machine dans un atelier de réparation cubain !

Heureusement, il reste le vieil ordinateur, mais les documents nautiques, dont la cartographie, ne sont pas à jour sur la zone Cuba, Bahamas et la sauvegarde du double de ces documents est restée en France (merci Murphy) ... Alors, en allant de bateau en bateau, avec ma clé USB, j'ai pu récupérer des fichiers cartes : ouf, nous pourrons nous en sortir de ce côté là !

A cela il faut rajouter de la maintenance, dont les moteurs ; bref l'escale est techniquement nécessaire mais pas sereine !

D'autant que rien n'est simple à Cuba pour le voyageur ''autonome'': un exemple ubuesque des possibilités cubaines que je viens de vivre à la Marina. Celle-ci, parmi ses services, annonce ''fourniture de gas-oil'': une pompe à quai, pensez vous ??? Que nenni : un préposé appelle un taxi (course à nos frais 20 €), nous allons à une station service en ville avec les bidons, nous nous faisons établir une facture au vu de laquelle ils nous autorisent à ramener le gas-oil à bord !

Pendant 3 jours il n'y a plus eu d'eau à la marina, adieu la douche (froide et sans pommeau), le remplissage des bidons, sans parler de l'état des WC....

C'est le grand coup de mou car nous commençons à saturer de Cuba, des lourdeurs des formalités, des contretemps, des interdits, des longues attentes parfois inutiles devant des employés inefficaces, des démarches compliquées, de l'inertie fataliste de certains cubains devant les problémes, des mini arnaques permanentes des commerçants..... Nous serons heureux de quitter le pays et espérons que la prochaine destination répondra plus à ce que nous aimons vivre en bateau.

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

Heureusement à la marina il ya plusieurs équipages francophones et les contacts avec certains de ces équipages sont vraiment très sympathiques avec invitations respectives café ou apéro et sorties en ville.

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

Samedi soir, nous sommes allés écouter de la musique à la Casa de la Trova au centre de Santiago, rares touristes au milieu des couples et familles cubains qui dansaient entre les tables ; j'ai même dansé la Salsa, invité par une cubaine, sous les quolibets (injustifiés vu mes qualités de danseur) de Marie-Noëlle

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

Du coup nous y sommes retournés mardi soir en compagnie de 2 autres équipages : un autre orchestre, excellent mais l'ambiance dans la salle était différente, moins de familles cubaines. Ce fut au tour de Marie-Noëlle de se trémousser lors d'une Salsa, invité par un gigolo cubain. Il a demandé de l'argent après avoir fait danser les 3 femmes du groupe ! Il n'y a pas de petits métiers à Cuba !

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

Heureusement également que Santiago posséde un vaste centre historique offrant des possiblités de promenades agréables ainsi que des visites intéressantes.

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

Non loin de la Marina se situe El Morro, le vieux fort espagnol, bien restauré et mis en valeur, ce fut l'occasion d'une jolie promenade.

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

Nous sommes également en stand-by météo, car il faut tourner la pointe Est de Cuba, un couloir à vents forts et à houle et des vents soutenus de Nord-Est sont prévus en début de semaine, nous attendons qu'ils soient passés.

Enfin un créneau météo favorable pour passer la pointe Est de Cuba se dessine autour du dimanche 13 mars, nous pensons quitter Santiago jeudi soir pour profiter des brises de terre nocturnes.

Mais l'après-midi de jeudi, le vent souffle avec force dans la marina et au large nous voyons la mer déferler, nous différons le départ pour essayer de comprendre ce phénomène. Il s'agit d'un renforcement par effet thermique de l'alizé qui est soutenu en ce moment ; la nuit le vent se calme et une légère brise de terre se lève.

Vendredi 11 mars : après un dernier ravitaillement en ville et le chargement des fichiers météo, nous quittons la marina à la tombée de la nuit, tristes d'abandonner nos amis Ernest et Patricia, qui attendent une pièce moteur pour leur trawler et avec lesquels nous avons passé d'agréables moments lors de ce séjour prolongé.

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

Les premières heures de navigation, principalement sous moteurs, ne sont pas confortables, la houle de face est encore formée, puis la brise de terre se lève et les voiles commencent à porter, la houle se calme à proximité de la côte.

Malheureusement, une zone de navigation interdite devant Guantánamo, nous oblige à passer à au moins 5 miles au large, finies la mer moins creuse et la gentille brise de terre, nous revoici au louvoyage dans le clapot. Un peu avant la fin de la zone interdite, nous coupons le fromage et nous nous rapprochons de la côte, manœuvre repérée par un bateau de surveillance qui nous illumine de son projecteur puissant, nous suit un peu, mais finalement nous laisse continuer notre route sans nous chasser.

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

Vers 7h30 du matin nous embouquons l'étroite passe de Baitiquiri, 15 mètres de large, mais bien balisée et nous mouillons dans une superbe baie fermée, entourée de collines verdoyantes.

A peine l'ancre au fond, un Guarda vient nous rendre visite à la rame ; celui-ci ne nous demande que peu de renseignements, nous laisse notre Despacho, mais nous indique qu'il nous est interdit de mettre l'annexe à l'eau et d'aller à terre.

Nous avons donc 36h pour nous reposer, lire, bricoler un peu, rédiger le blog, trier des photos, nous qui rêvions également d'un peu de marche à pieds dans les environs.

Une bonne nuit de repos et nous repartons dimanche au coucher du soleil car les alizés soufflent moins la nuit près des côtes....Encore une nuit dans le clapot, avec des vents changeants, principalement d'Est, faibles donc appui avec les moteurs, beaucoup de petites manœuvres à proximité de la côte, et peu de sommeil. Nous parons la pointe Maisi vers 4 h du matin, fini le cap à l'Est contre le vent, après plus de 700 miles parcourus ainsi, depuis le Mexique.

Arrivés au mouillage à Baracoa vers10 h du matin, nous sommes accueillis par les Guardas qui, cerise sur le gâteau, nous interdisent d'aller tous les deux en ville. Au moins un d'entre nous doit rester surveiller le bateau. Nous refusons et une cordiale discussion s'engage : une 1/2 h plus tard, après quelques appels téléphoniques et la visite d'un officier, je leur rédige une décharge de responsabilité et ils repartent soulagés en nous autorisant à débarquer ensemble !

Cuba : de Cienfuegos à Puerto Vita

Baracoa est une charmante petite ville, avec un centre piétonnier joliment aménagé autour de sa Cathédrale, dont un vitrail rappelle que Christophe Colomb aurait planté ici la première Croix du Nouveau Monde. Face à la Cathédrale un buste rend hommage à Huatey, premier chef indigène rebelle de ce même Nouveau Monde, exécuté à Baracoa par les Conquistadores.

Par contre le magasins alimentaires ne pullulent pas et en cette fin d'après midi nos achats sont maigres.

Mardi 15 mars : les rares boutiques ont été un peu réachalandées et tôt le matin nous trouvons quelques fruits, légumes et viandes. En fait, pas si tôt que cela car nous découvrons, en récupérant notre Despacho, que Cuba est passé à l'heure d'été ce week-end et il est midi lorsque nous déradons, direction Cayo de Moa Grande à un peu plus de 30 miles.

La navigation s'effectue sans problème par un temps de demoiselle et nous entrons dans la rade de Moa, bien balisée. L'environnement n'est pas glamour avec plusieurs usines de traitement du Nickel, mais une caye proche de l'entrée offre un bon abri à distance de la pollution. Un remorqueur nous rejoint lorsque nous mouillons et un Guarda monte à notre bord. Pour notre sécurité (????) nous ne pouvons rester au mouillage, il faut aller à quai dans le port, pollué et bruyant. Nous refusons, il appelle ses supérieurs à la VHF : ceux-ci nous intiment l'ordre de rejoindre le port ou de quitter le rade (donc de passer une nuit en mer). Marie-Noëlle explose et confirme notre refus, excédée par ces accumulations d'interdictions qui nous pourrissent la croisière depuis une semaine. Notre Guarda remonte dans son remorqueur en ayant au préalable proféré des vagues menaces de reprèsailles. Nous ne verrons plus personne et dés les premières lueurs du jour nous déradons, cap sur Bahia de Nipe 40 miles plus loin.

Belle étape que Bahia de Nipe, vaste rade avec des plages où notre seul interdit fut de ne pas se promener en dehors de la plage proche du bateau....

Enfin cap sur Puerto Vita, un port international (entendez par cela avec un service d'immigration qui délivre une ''Clearance'' de sortie de Cuba, indispensable aux Bahamas ! ) d'où nous allons partir vers Ragged Island aux Bahamas, mais cela est une autre histoire

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Marc 29/03/2016 15:19

Hello Didier, fini les pénuries de nourriture qui obligent à se gaver de langoustes, les gigolettes pulpeuses et les guardias si avenants ... Bonne traversée !