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Le blog du catamaran inoui

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

26 Novembre 2013 , Rédigé par cata-inoui.over-blog.com

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

Mercredi 13 novembre : Inoui et Curaçao ! Lorsque j'écris ces mots, la première image qui me vient est une maquette de notre catamaran dans une bouteille de liqueur ! Curaçao, il y a quelques années, n'évoquait pour moi qu'une boisson utilisée dans les cocktails pour donner une couleur bleue. Quant à mettre une position géographique sur ce nom, cela ne me venait pas à l'esprit. En fait, Curaçao est une des îles des Antilles néerlandaises, située à une cinquantaine de miles de la côte Vénézuelienne. Sur le plan mouillage abrité, c'est une merveille : elle possède 2 vastes rades ramifiées. L'une d'elle, Spanish Water, est utilisée par la plaisance : mouillage, marinas, clubs de voiles et riches villas avec quai privé. Autour de l'autre au chenal d'accès plus large et plus profond, s'est développée la capitale Willemstad, qui fut le centre commercial des Bataves lors de l'exploitation du Nouveau Monde. Capitale où nous devons nous rendre pour les formalités d'entrée.

La liaison est simple par bus, il y a un arrêt non loin du quai des pêcheurs, où nous laissons l'annexe, les horaires nous sont connus, environ un toutes les heures, cool. Nous commençons à trouver l'attente est un peu longue : normal, je réalise soudain que je suis encore à l'heure Vénézuelienne, décalée d'une demie heure par rapport au monde impérialiste. Je me recale, nous prendrons le bus suivant.

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

La routine des formalités commence, 3 administrations, Douanes, Immigration et Capitainerie du Port où nous payons un droit de mouillage de 10 US$ pour 3 mois, ce seront les seuls frais. Ce qui n'est pas routinier c'est l'accueil sympathique et jovial des officiers des douanes, les deux que nous rencontrerons, (pour le clear in et le clear out) se comportent plus comme des GO que comme des inquisiteurs acariâtres que nous croisons classiquement dans ces bureaux.

Nous tombons immédiatement sous le charme du centre historique de Willemstad, séparé en deux par le canal d'accès à la rade. Canal que nous franchissons par le pont flottant reposant sur seize barges, et qui s'ouvre au passage des bateaux. Une petite et brève ouverture pour les petits bateaux, une ouverture totale pour les paquebots de croisière et les pétroliers. Dans ce cas, un service de ferry gratuit permet de passer d'une rive à l'autre.

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

Punda, sur la rive Est du canal est le quartier historique et administratif. Les maisons qui le bordent sont de style hollandais, mais peintes de couleurs flamboyantes, ce front de mer est devenu le logo de l'île. Nous sillonnons les rues, aux maisons anciennes, dont les rez de chaussée sont convertis souvent en boutique de luxe. Certes l'île fait riche, mais c'est aussi une destination privilégiée des croisièristes.

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

Aujourd'hui 3 paquebots sont amarrés, paquebots de respectivement 200, 2800 et 3800 passagers : cela crée du mouvement en ville. Et ce qui nous frappe après nos semaines au Vénézuela en mode craignos, ce sont les signes extérieurs de richesse librement exhibés. Bijoux, larges colliers en or, Ipad dans les lieux publics, caméra, sacs de dame, etc. sont portés sans crainte...Un dixième de cela, au Vénez', c'était le braquage assuré.

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

Du jeudi au dimanche : découverte de l'île. De Spanish Water, nous nous rendons à pieds dans un quartier résidentiel récemment aménagé « Jan Thiel » avec de grandes et belles villas et en bord de mer des résidences de luxe pour touristes. Les accès à la plage sont théoriquement payants, les plages sont couvertes de chaises longues (à louer) et de petites tables où des boissons sont servis aux touristes (blancs, tirant légèrement sur le rose). Bienvenue chez les riches, le néerlandais est la langue dominante dans les conversations. Qui dit touristes, dit services, nous trouvons une voiture à louer.

Retour le soir au mouillage avec comme objectif : la recherche de la connexion Wifi. Un plaisancier gère un réseau qui couvre théoriquement le mouillage, connexion illimitée pour 10 US$ par semaine. Pas de chance notre point d'ancrage est dans une zone d'ombre, je ne reçois qu'un signal faible malgré l'antenne accrochée dans les haubans et l'ordi posé sur le toit de la cabine. Nous pourrions rapprocher Inoui de l'antenne émettrice mais les places sont rares et moins bien protégées du vent qui souffle fort en ce moment. Régulièrement je me rendrai en annexe à proximité de l'antenne avec mon ordi ! Pas simple mais efficace !

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

Nous retournons à Willemstad avec cette fois ci la montre à l'heure locale et 10 minutes d'avance sur l'horaire, mais pas de chance le bus est passé avec 15 min d'avance : nous apprenons la patience. Nous explorons Otrobanda, le quartier de la rive Ouest du canal. Une fois passé le front de mer touristique, le quartier est populaire, animé par des locaux, la couleur noire domine sur les visages mais les maisons sont tout aussi bariolées, parfois une case bois et tôle rappelle que nous sommes sous les tropiques. L'objectif visé est un musée excentré dont nous avons lu la description dans le journal local. Gentillet, le musée, il montre des aspects de la vie locale au siècle dernier, nous sommes les seuls visiteurs de l'après midi, peut être parce que aujourd'hui est un jour sans paquebot.

De retour au centre ville nous longeons le stade ceint d'un mur en béton. La peinture est écaillée côté ville indigène, mais décorée de nombreuses peintures côté port où s'amarrent les Mega Paquebots. Le quai des Mega Cruisers débouche sur un ancien fort, habilement transformé en lieu d'accueil pour touristes : bars, restaurants, boutiques de luxe ou de souvenirs, scène avec orchestre, le tout bien intégré dans les bâtiments anciens, artificiel mais de bon goût.

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

Nous profitons des Happy Hours pour nous offrir un cocktail en terrasse au bord du canal : Caraïbean Sunset pour Marie-Noëlle et Blue Lagoon pour moi, avec de jolies couleurs bleutées liée à la présence du Curaçao, beau et délicieux. L'animation est apportée par l'entrée d'un grand pétrolier, surplombant la ville car vide, en direction de la raffinerie située dans le fond de la rade. Impressionnant, ce monstre d'acier noir encadré par de puissants remorqueurs, au milieu de la vieille ville. Curaçao est un des principaux lieux de raffinage du pétrole Vénézuelien, c'est la plus grande source d'emplois sur l'île.

Les supermarchés organisent des ramassages quotidiens de plaisanciers, nous profitons de l'un d'eux pour le ravitaillement. C'est clean, bien ordonné, les prix sont européens et les denrées aussi et sans pénurie comme au Vénez'. Nous retrouvons enfin des œufs et du lait (de Hollande).

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

La balade en voiture nous fait découvrir l'intérieur de l'île, très urbanisé autour de la Capitale. Les zones rurales possèdent de gros bourgs mais pas de cultures, le cactus cierge est roi, on entraperçoit quelques rares et minuscules troupeaux de chèvres ou moutons : tout est importé de la Métropole ou pour certains fruits et légumes, du Vénézuela. D'anciens marais salants servent de villégiature à de nombreuses colonies de flamands roses, toujours aussi majestueux. Le réseau routier est bon, même dans les zones peu peuplées et le paysage légèrement vallonné est agréable. Les côtes et rares plages sont belles, l'eau limpide, les tables coralliennes du bord de mer offrent le spectacle des geysers provoqués par la houle ressortant par de petites anfractuosités. Les dépôts de carburants sont nombreux et parfois immenses, couvrant des centaines d'hectares.

Nous surveillons les cartes météo, car le point délicat de la prochaine étape est le passage du Cabo de la Vela, terreur locale des navigateurs en raison des fortes surventes fréquentes. Quant l'alizé est établi, le vent souffle à plus de 40 nœuds dans ses parages avec des creux de 4-5 mètres. Et depuis une semaine l'alizé souffle fort, mais coup de chance il se calme en début de semaine prochaine. Un bon créneau météo se confirme avec un départ lundi matin et en faisant l'impasse sur Aruba, la troisième des ABC.

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

C'est dommage car nous allons louper la visite du Roi Willem et de la Reine Maxima qui débute ce lundi, les commerces affichent des photos de la famille royale, des banderoles de bienvenue sont tendues et des barrières mises en place pour le passage du cortège.

Dimanche, dernière promenade à Willemstad, pour nous, vraiment le lieu magique de cette île, en plus des formalités de sortie nous programmons la visite du musée de l'ancien marché des esclaves, une des principales sources de revenu des insulaires jusqu'au milieu du 19 éme siècle. Pas de chance, ce lieu est fermé depuis peu pour des raisons obscures, nous nous contenterons des statues extérieures.

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

Nous nous rabattons sur le marché aux fruits et légumes qui est installé sur un bras de mer dans Punda. Ce sont des Vénézueliens qui viennent avec des lanchas remplies de vivres fraiches et dressent des étals sur le quai à côté de leur bateau. C'est folklorique et nous retrouvons les mêmes excellents produits agricoles qu'au Vénez' : le frais est assuré sur Inoui, pour les jours à venir.

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

Tentative de retour en bus, moins fréquents le dimanche, l'attente est longue, je me renseigne : le notre est parti avec 30 minutes d'avance : le prochain est programmé dans environ 2 heures. Ce sera retour en taxi, ce qui nous permettra de comprendre que les drapeaux Curaçaiens arborés aujourd'hui par la plupart des véhicules ne le sont pas pour les Majestés en visite, mais pour un joueur de Baseball local qui va remporter pour la première fois, depuis une cinquantaine d'année, un trophée important !

Dernière balade à pieds et dernière plage non loin de la marina, plage gratuite, la clientèle est majoritairement noire : des familles qui pique niquent sur les tables comme dans la plupart des îles de la Caraïbe, un dimanche.

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

Lundi 18 novembre : lever avant l'aube, les dernières cartes météo sont captées, nous déradons par vent faible et mer belle, environ 210 miles à parcourir avant le prochain mouillage. La traversée sera paisible, le vent oscillant entre 0 et 10 nœuds, pendant les 36 h de navigation, nous gardons pendant 20 h, un moteur en marche pour maintenir un minimum de vitesse, nous voulons franchir la zone venteuse en plein jour.

Heureusement des groupes de dauphins viennent nous distraire à plusieurs reprises, nous ne nous lassons pas de les voir jouer avec les étraves du bateau.

Aruba est doublée en fin d'après midi, une raffinerie occupe la partie Sud de l'île, plus d'une vingtaine de pétroliers sont mouillés sous son vent et nous passons de nuit au milieu de ces mastodontes, heureusement bien éclairés. La pleine lune nous permet de voir les Monjes, archipel de cailloux vénézueliens que nous traversons et dont le phare ne fonctionne pas.

Mardi matin, la côte de la presqu'île Colombienne de la Guajira se dessine, plate, sablonneuse, désertique. Nous sommes sur le qui vive, attendant la survente ! Seule distraction dans ce paysage quasi lunaire, un port charbonnier, Puerto Bolivar, avec une dizaine de cargos au mouillage d'attente entre lesquels nous slalomons. Les falaises du Cabo de la Vela apparaissent, avec des couleurs, noires ou ocres superbes, nous le doublons avec 10 nœuds de vent, tout dessus, à 6 nœuds de vitesse et mouillons vers 16 h dans la baie au Sud du cap, devant le village éponyme : où sont ils les vents tempétueux pronostiqués ?

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

Nous avons parcouru 188 miles sur l'eau, nous avons bénéficié d'un courant favorable qui nous a fait gagner une vingtaine de miles.

Deux autres voiliers sont au mouillage, nous ne serons pas seuls cette nuit, rassurant dans ce pays qui nous est inconnu : la Colombie.

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

De mercredi à jeudi : le mouillage est bon et la météo simple, calme la nuit et en début de matinée, puis la thermique se lève de terre et atteint les 30 nœuds dans l'après-midi, pour retomber en soirée. La baie de Cabo de la Vela est bordée d'une plage longue de 7 km. Dans la partie Nord, prés de notre mouillage l'habitat est très dispersé, occupé par des indiens Wayùus, les habitants de la presqu'ile de la Guajira. La plupart pèchent encore avec des barques taillées dans un tronc d'arbre, et mues uniquement à la pagaie.

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

Un trio aborde Inoui, ils sont gentils, souriants, quasi en haillons mais nous ne comprenons pas leur requête et nous leur offrons des canettes de bière : on aurait dit des enfants émerveillé recevant un cadeau de Noël.

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

Dans l'après midi nous nous rendons à pieds dans la partie Sud de la baie où se trouve une bourgade, avec quelques lieux d'hébergement type écotourisme. C'est la fête au Pueblo, la première Feria de los Frutas avec élection de miss ''Fraise'', ''Ananas'', etc.... miss soutenues par des clans de supporters déguisés et donnant de la voix. Les femmes ont revêtu la robe de cérémonie, aux couleurs et motifs splendides, les hommes plus classique en polo et pantalon...

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

Nous reconnaissons certains de nos amis pêcheurs eux aussi bien habillés. Nous n'aurions pas assisté à cette fête nous serions restés sur une idée fausse de population quasi miséreuse. Puis nous assisterons au défilé avec sono et orchestre sur les camions, pick-up etc....Dans ce bourg en plus des Wayùus, nous rencontrons des créoles et seulement 2 ''gringos'', qui rentreront à la nuit noire au bateau. 5 km à pieds, ça use...

Nous alternons les bains, lectures, balade à pieds dans ce paysage désertique, où poussent quelques épineux et cactus entre les cailloux. Pas étonnant que les Conquistadores n'aient pas exterminé les Wayùus, leur territoire ne présentait aucun intérêt économique. Finalement nous restons plus longtemps que prévu, ce paysage et ce mouillage nous plaisent. 3 autres bateaux sont arrivés, profitant du même créneau météo que nous, mais ils sont mouillés à plus d'1 km d'Inoui, donc pas de contact, dommage : avantage et inconvénient d'un vaste mouillage.

Vendredi 22 novembre : l'objectif est un mouillage dans une des ''5 Baies'', distantes d'environ 120 miles. Nous déradons vers 13 h pour atteindre notre mouillage dans la matinée suivante. Le vent est établi entre 25 et 30 nœuds d'Est, avec des grains sur l'horizon ; prudents, nous ne naviguons que sous trinquette, Inoui avance sans fatigue autour de 6 nœuds et c'est calme à bord malgré la mer qui s'est creusée. Seules distractions, les touches sur les lignes : j'ai le temps de voir un espadon de plus d'un mètre effectuer quelques cabrioles avant d'emmener tout le bas de ligne ! Comment pourrais-je demander aux gros de passer leurs chemins, ils cassent tout et de plus pour deux personnes cela ferait trop à manger !

Dans la nuit nous déroulons le Yankee, le vent ayant faibli, mais la navigation est toujours aussi paisible. Aux premières lueurs du jour nous apercevons les sommets de la Siera Nevada da Santa Marta, dont les sommets culminent à 5800 m. Nous distinguons les neiges éternelles, non loin de l'équateur !

De Curaçao à Santa Marta (Colombie)

Samedi et dimanche : les « Cinq Baies » sont aux pieds de la Sierra Nevada, les rives sont hautes escarpées, boisées, nous mouillons dans la baie Gairaca, celle du milieu, par fond de sable bien compact, idéal pour la tenue du mouillage, la houle est bien arrêtée, le vent du large ne rentre pas, mais il est remplacé par des rafales. Dans la journée, c'est raisonnable, mais la nuit, c'est franchement Rock'n Roll : l'air froid et lourd des sommets passe sous l'air chaud inférieur et de violentes bourrasques à plus de 40 nœuds s'abattent sur Inoui, des vents catabathiques disent les météorologues. Pendant quelques dizaines de secondes,tout le bateau vibre, puis c'est le calme pendant quelques minutes : le sommeil est dur à trouver !

Une promenade à pieds à travers collines et forêts nous fait rejoindre la baie voisine, plus vaste mais plus ouverte au large. Près d'une plage se trouvent quelques restaurants pays, fréquentés par des touristes Colombiens, c'est dimanche et nous sommes dans le Parc Naturel Tayrona, le plus visité de la Colombie.

Lundi 25 novembre : les vivres et l'eau potable commencent à manquer, cela fait 3 semaines qu'il n'y a pas eu de lessive, il est temps de quitter ces escales un peu sauvages pas totalement programmées et qui se sont prolongées pour notre plaisir. Nous faisons cap sur Santa Marta et sa Marina, distante d'une douzaine de miles.

Inoui est amarré à un ponton pour environ 2 mois, le temps pour nous de faire le break des fêtes de fin d'année mais surtout de visiter ce vaste pays au passé proche un peu sulfureux : la Colombie pays des FARC, de la drogue, des cartels … Soyez rassurés, nous nous en tiendrons éloignés, mais cela est une autre histoire.

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